De tous temps, l’humain a regardé l’horizon en rêvant de pâturages plus verdoyants, de cieux plus cléments, de terres plus accueillantes, de jours meilleurs ! Avant, le nomadisme permettait aux peuplades de voguer au gré de leur flaire vers des terres nouvelles, chaque fois que les ressources naturelles s’épuisaient. Puis le besoin de stabilité s’est fait ressentir ; et avec la sédentarité s’est accentuée l’envie de s’entourer de possessions matérielles et de biens qui ont lesté l’homme, le forçant à se choisir un coin de terre pour se poser.

L’insatisfaction et l’aspiration à mieux, étaient les moteurs de la recherche du nouveau. Ils ont toujours motivé les personnes pour changer d’occupation, de lieu de résidence, de milieu de vie…voire de pays et de continent. La migration n’est qu’une conséquence de cette envie qui taraude l’humain depuis la nuit des temps, le propulsant vers l’inconnu, parfois au péril de sa propre vie et le poussant vers une course effrénée contre le temps pour réaliser toujours plus.

Ils bûchent dur les immigrants, épargnent souvent au prix de privations, dans l’espoir de s’offrir un jour, une part de rêve dans ce pays qu’ils ont quitté à regret. Ils avaient laissé derrière eux, amis, familles et souvenirs pour repartir à zéro ailleurs et revenir…un jour couverts de lauriers. À chacun ses rêves, à chacun ses lauriers, mais les chimères qui font courir les foules sont souvent les mêmes.

Ils passent leurs plus belles années à trimer, jonglant tant bien que mal avec les vicissitudes de la vie dans un monde qui n’est pas le leur. Font de leur mieux pour se fondre dans leur nouveau monde apprennent une langue nouvelle, adoptent des coutumes différentes des leurs, se plient à des exigences qu’ils n’auraient jamais accepté chez eux, font des concessions impensables…et conjuguent la vie au futur en rêvant de demain.

Les expatriés deviennent maîtres dans l’art de débrouillardise. Ils adoptent des modes de vie qui leur étaient étrangers, telle la simplicité volontaire, pour ne pas dire la politique de la disette, afin d’épargner le maximum d’argent possible en vue de s’offrir un avenir meilleur dans leur pays d’origine.

Ils pourchassent inlassablement ce rêve qui les maintient en état de fonctionnement même quand le corps, le cœur et l’esprit, ne suivent plus. Cette maison qu’ils veulent à tout prix posséder chez eux, ce lopin de terre qu’ils lorgnent depuis des décennies sans pouvoir se l’offrir, ce commerce ou cette entreprise qui leur ouvrira à nouveau les portes de leur pays d’origine. Cette absolution qui va enfin les délivrer de leur statut d’immigré, l’être aux patries et aux nationalités multiples, l’être à l’appartenance parcellaire.

Pour la plupart, ils portent en eux les stigmates de leurs parcours atypiques, à cheval entre des mondes, des cultures, des modes de vies différents. Malgré les efforts consentis, malgré ‘’la fierté’’ qu’ils affichent volontiers, ils ne parviennent pas à renoncer intégralement à leur ancien soi pour laisser s’épanouir cet être en devenir et restent en situation de flottaison entre rives.

Certains d’entre eux reportent les plaisirs et les joies de vivre aux innombrables après ! Après l’achat de la maison, après le remboursement des près en tous genres, après la fin des études des enfants, après le mariage et le départ de ceux-ci du nid familial…Ils ont tout le temps un ‘’empêchement raisonnable’’ pour repousser, à une date ultérieure de vivre et de profiter pleinement de leur temps. Seule dérogation au plan de vie qu’ils se sont dressé, les quelques retours espacés, dans leur ancien monde, qu’ils s’accordent afin de renouer avec leur passé et de raviver les couleurs du rêve qui tarde à se réaliser.

Les plus chanceux se réveillent un jour et prennent conscience que le temps leur file entre les doigts et qu’ils n’auront probablement jamais l’occasion de réaliser tout ce qui leur tient à cœur. Ils mettent alors les bouchées doubles dans une tentative désespérée de rattraper le temps perdu. Dans leur hâte tardive, ils commettent parfois des faux pas qui anéantissent les efforts de toute une vie. Les moins chanceux, font face à des situations de vie auxquelles ils ne s’attendaient pas, telle la maladie qui les force à changer radicalement d’orientations et d’objectifs. Et puis, il y a ceux qui se font faucher au beau milieu de leur parcours, sans jamais voir la ligne d’arrivée et sans avoir jamais profité du temps qui leur avait été alloué.

Pourquoi reporter à un lendemain incertain ce qui peut être vécu et apprécié dès à présent ?

Pourquoi mettre sa vie et ses espoirs en attente de quelque chose qui risque de ne jamais voir le jour ?

Quel est donc ce besoin qu’ont les expatriés de revenir sur les terres qui les ont vus naître, à l’instar des espèces migratrices ?

Pourquoi espérer encore et toujours un retour glorieux et une vie meilleure, là où ils ne voyaient pas de possibilités jadis ?

Pourquoi hypothéquer un présent, quel qu’il soit pour tenter de redresser les torts d’un hier révolu en rêvant d’un demain encore incertain ?

La vie en terre d’accueil ne mérite t-elle pas qu’on s’y adonne pleinement, en vivant le présent sans regretter le passé et sans trop se soucier de l’avenir !?

Dans son chef d’œuvre ‘’Salutation à l’aube’’, le poète Kalidasa nous a légué une sagesse qui invite à revoir les façons de faire et d’être, une invitation à prendre le bonheur qui se présente, sans rien reporter.

….Car hier n’est qu’un rêve,

Demain n’est qu’une vision.

Mais aujourd’hui,

S’il est pleinement vécu,

Fait d’hier un rêve de bonheur,

Et de chaque lendemain une vision d’espoir.

Ainsi regardez bien le jour qui se lève !

Telle est la salutation de l’aube

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