Mon beau Maroc, je t’aime. Je repars amoureuse de ta culture, de ton héritage. De Rabat, qui gouverne loin devant avec la Tour Hassan, ses gardes beaux comme la royauté, ses Oudayas remplis de vie et d’histoire, son calme infatigable. De Casablanca et sa majestueuse Mosquée où même les infidèles peuvent se rêver musulmans. D’Essaouira et son port où, bercé par le vent fort, on trouve refuge dans les rues étroites de la médina. De Fès et son savoir-faire que le monde entier envie. Zellige, tapis, mosaïques, la tradition ne meurt pas chez toi. De Tanger et ses sonorités espagnoles qui rappellent autrefois, qui rappellent l’Histoire de ces conquêtes en Espagne où toi, Maroc, tu as laissé des vestiges. De Marrakech et son accueil inégalable, ses jardins majestueux, sa place euphorique, dansante. Du monde féérique qu’offrent Chefchaouen, le Sahara et toutes les villes que j’ai pu arpenter.

Les taxis qui courent, qui racontent, l’odeur du couscous qui monte tous les vendredis, l’appel à la prière qui rythme les journées, les souks entraînants, la musique orientale et la darbuka qui résonnent. Les jellabas qui colorent les rues. La vie.

Oui mais …

Mais, mon beau Maroc, comme toi je me suis perdue dans le paradoxe de cette vie. La place de la femme, le harcèlement, la pression sociale, la catastrophe d’Al Hoceima embarquée depuis trop longtemps dans un dialogue de sourd cahotique, la répression.

Bien sûr, tu ne veux pas t’occidentaliser. Et tu as raison, tu es trop riche pour t’encombrer d’une autre culture. Mais, Maroc, il faut regarder devant. Une jeune fille violée dans un bus en plein jour, ce n’est pas acceptable. Des enfants de moins de 18 ans qui violent un âne, ce n’est pas acceptable. Porter le voile pour ne pas se faire harceler, ce n’est pas acceptable. Des dizaines d’arrestations après une manifestation, ce n’est pas acceptable.

Tous les jours, tes enfants se battent pour empêcher tout ça, pour évoluer sans s’occidentaliser. Pour faire évoluer le système éducatif, les infrastructures, la santé, les mentalités. Et je reviendrai me battre avec eux, mon beau Maroc. Je reviendrai remplir mon rôle; dénoncer certaines choses, mettre en avant les meilleures. Quand j’aurai repris mon souffle, Maroc, je reviendrai écrire pour toi, t’écrire, toi, inchallah.

Camille Bigo
Journaliste

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