Abdelhafid Daoudi

Abdelhafid Daoudi


Abdelhafid Daoudi

Cet article est une suite de mes articles précédents sur l’engagement des citoyens à la vie politique dans ces deux cas de figures : la démocratie présentative et la démocratie sociale. Il compte de continuer à répondre à ces questionnements : quels rôles peuvent jouer les technologies de l’information et de la communication (TIC) dans la propagation de la démocratie moderne ? Et quel est l’impact des TIC sur cette dernière ?

La démocratie est une notion évolutive et flexible
La démocratie a la capacité de s’adapter aux changements liés à la pression de la culture numérique et au phénomène de mondialisation. À l’ordre de la démocratie sociale, il est possible de se servir des logiciels et des applications solides et fiables (sondage et questionnaire) pour consulter les citoyens de façon transparente et anonyme, pour signer des pétitions électroniques ou bien pour faire des élections afin d’élire, par exemple, le président ou les membres du conseil d’administration d’une association à but non lucratif….

Sur le plan de la démocratie représentative, l’alternative numérique est vivement envisageable. Rappelons qu’il était prévu que les Français utilisent le service en ligne pour voter aux deux élections : l’élection présidentielle (samedi 22 avril 2017 et samedi 6 mai 2017) et les élections législatives (samedi 3 juin 2017 et samedi 17 juin 2017). Or, le ministère des Affaires étrangères français a annulé cette possibilité par crainte des cyberattaques. Une telle décision a été prise sur la base des recommandations des experts de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes informatiques.
À propos de cette élection, le samedi 22 avril 2017, je me souviens que j’ai trouvé au Consulat général de France à Montréal une immense file d’attente; je suis arrivé au Consulat à 16h06 et j’ai voté à18h20. En dépit de ceci, je n’ai remarqué qu’aucun Français n’a quitté la file. De ce fait, j’ai compris que la compétence civique française est excellente. Les Français veulent que leurs points de vue soient respectés et pris en compte.

Au terme de la « démocratie numérique »
En éducation, l’enseignant peut utiliser des technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE) qu’il dispense. C’est ce qu’on appelle : « l’approche inversée », « la pédagogie inversée » ou « la classe inversée ». Par analogie, on peut nommer par exemple une méthode qui a recours au TIC à des fins démocratiques, une « démocratie inversée », « une consultation inversée » ou une « élection inversée ».

De la « créativité technologique » à l’« innovation démocratique »
L’espace politique Web ou l’univers politique 2.0 est une forme de progrès démocratique, il ouvre de nouvelles voies pour l’implication politique tout en représentant un plus grand dispositif politique de débat, de critique et de contrôle. Avec les TIC, nos comportements démocratiques connaissent des améliorations profondes et inédites. Savoir-gérer les réseaux sociaux devient une compétence politique et civique. La transition de la « démocratie classique » à la « démocratie numérique ou inversée » est un passage de la « créativité technologique » à l’« innovation démocratique ». Une telle novation représente une opportunité intéressante pour « faire autrement » afin de réduire l’écart entre les attentes de la génération numérique et les réalisations réelles des instituts politiques actuels et des politiciens.

Au sein de la société du savoir et de l’information numérique actuelle, la culture démocratique est en développement. Ceci entraîne l’amélioration à la fois de nos outils démocratiques et de nos comportements envers la démocratie et les instituts démocratiques. Il est tout de même important de dire que les TIC sont entrain de fonder une école parallèle.

Les caractéristiques de la génération numérique
Les TIC sont non seulement des moyens de communication ou des autoroutes pour accéder à un immense réservoir d’information, mais aussi elles font partie des caractéristiques des jeunes. Plus précisément, les TIC ne sont pas que des fonctions, mais une partie composante de la personnalité de la génération numérique. De ce fait, des nouvelles valeurs sont émergentes comme : le rassemblement virtuel et le partage sans limite. La génération numérique s’engage autrement dans la vie politique.

Rappelons qu’au Québec, nous avons la génération des baby-boomers (1945-1965), la génération X (1965-1980) et la génération Y (1980-1995) et la génération « C ». Cette dernière génération est issue des technologies de l’information représentant les jeunes âgés entre 12 et 24 ans.

À titre d’exemple, « il semble que les Québécois de 18 à 24 ans se sentent moins interpelés par les élections que leurs parents et qu’ils exercent leur droit de vote moins souvent qu’eux […]. Par contre, il ne faut pas oublier que beaucoup de « C » participent à la vie civique de nouvelles manières. Ainsi, ils se servent de réseaux sociaux comme Facebook pour sensibiliser leurs amis à certaines causes » (CEFRIO, 2011, p.5).

De plus, les TIC ont aidé les citoyens à avoir des attentes dépassent l’état actuel des instituts. Ces derniers deviennent incapables de répondre à leurs besoins, ce qui a engendré la naissance d’un système politique à deux vitesses; il existe un certain écart qui grandit de plus en plus entre les instituts politiques et la culture démocratique de la génération numérique. Dorénavant, nous remarquons un profond désir de renouveau politique qui est en construction, d’où la nécessité d’un sérieux renouveau des instituts politiques actuels.

À cet égard, il est pertinent de faire la différence entre la démocratie et la culture démocratique, qui est extension fluide et évoluée de la démocratie. Il faut distinguer la température réelle (« la démocratie traditionnelle », ses instituts, ses mécanismes et ses dispositifs) de la température sentie (la culture démocratique).

Le vent de changement à Montréal
Les personnes ne réagissent pas toutes de la même manière, nous avons divers types de personnalités envers le changement, entre autres : les initiateurs qui sont très ouverts au changement, les engagés qui interviennent dès qu’ils ont un modèle, les responsables qui vont dans le sens de la majorité, les soumis qui agissent lorsqu’ils n’ont plus le choix et les réfractaires qui résistent aux changements. Certains politiciens semblent avoir la difficulté de suivre le rythme de ces changements et de saisir réellement ceci.

Aux élections municipales au Québec, le dimanche 05 novembre 2017, la nouvelle mairesse de Montréal, Madame Valérie Plante, qui s’est définie comme « l’homme de la situation », a défait le maire sortant Monsieur Denis Coderre, un politicien expérimenté qui possède une expérience riche et diversifié de 30 ans. Elle a su montrer son leadership situationnel ou transactionnel, elle a réussi à savoir-agir son intelligence du contexte et de l’instant en vue d’adapter son style, de pratiquer la politique, en fonction des besoins des Montréalais.

À l’inverse de Mr Coderre, 54 ans, qui a cru que l’élection était acquise et dans sa poche, Madame la mairesse de Montréal Valérie Plante, 43 ans, a proposé une stratégie alternative pour le changement. Par exemples : elle veut ajouter une ligne rose de métro de 29 stations, qui relieraient Montréal-Nord et Lachine. Et lorsque M. Coderre a abordé les préoccupations des aînés, elle a parlé des jeunes.
La génération numérique est, et la sera encore plus dans le futur, une génération de communication, de collaboration, de connexion, de créativité et de changement. C’est le temps de réaliser que les jeunes et la génération numérique soutiennent le changement. C’est vrai que la répartition des candidats âgés entre 18-44, aux élections municipales 2017, demeure stable : environ 26 % en 2013 et en 2017. Or, généralement les ainés sont stables et fidèles, tandis que les jeunes sont dynamiques; ils ont une magnifique capacité de convaincre d’autres citoyens. D’ailleurs, nous sommes fiers que deux jeunes Québécois d’origine marocaine sont élus : Youness Boukala, 22 ans, conseiller d’arrondissement du district J.-Émery-Provost (Lachine), et Abdelhak Sari, 42 ans, conseiller de ville pour le district Marie-Clarac (Montréal-Nord).

Conclusion
Dans l’ensemble, la démocratie offre au citoyen un pouvoir décisif à choisir le candidat de son choix, par le biais du droit au suffrage universel, et un vouloir significatif en lui accordant un moyen primordial d’expression de l’implication politique. À l’heure où le paradigme économique occupe nos esprits, notre époque est marquée par le changement sans cesse. Les citoyens de la dernière décennie veulent bouleverser profondément le paysage politique.

Bien qu’il y ait une différence entre les divers paliers de gouvernance (le fédéral, le provincial, le municipal), et entre le contexte canadien, américain et français. En revanche, il me semble que les Américains ont choisi le changement à tout prix (Donald Trump, 1946), les Français ont préféré le changement juste sans fondements solides (Emmanuel Macron, 1977) pour éviter l’extrême droite et les Canadiens continuent à miser sur le changement judicieux basé sur des alternatifs sérieux et fiables (Valérie Plante, 1974 et Justin Trudeau, 1971). Bien évidemment, il est difficile de généraliser brutalement ce constat qui est le fil directeur de ces élections et sans détour. Toutefois, il m’apparaît essentiel de voyager d’une sphère microscopique étroite à vision macroscopique plus large et globale pour mettre le doigt sur la complexité des enjeux politique actuels. D’ailleurs, la prochaine élection provinciale 2018 au Québec aura sans doute son mot pour soutenir cette réflexion ou l’affaiblir.

Dans un autre ordre, les sociétés contemporaines deviennent de plus en plus multiculturelles. Les mouvements migratoires contribuent pleinement dans les sociétés d’accueil. L’intégration des citoyens issus de l’immigration dans le processus démocratique est un bénéfice incontournable pour la personne, pour la communauté et pour la population. Il s’avère donc très important de demander quelle est la place des immigrants dans la participation à l’élaboration des politiques publiques au sein des sociétés modernes ? Comment intégrer ces nouveaux citoyens dans le processus démocratique ? Quel est l’impact des effets du pouvoir sur la notion d’égalité entre les citoyens ? Toutes ces questions et bien d’autres feront l’objet de mes futurs sujets de discussion. Soyez toutes et tous aux rendez-vous.

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