Entre espoir et craintes, tu caresse secrètement le songe de trouver un emploi à la hauteur des tes qualifications et dans ton champs d’activité. Le rêve se résume désormais à un travail acceptable, pour sauver l’honneur et épargner ton ego. Le dit travail te permettra de garder la tête haute devant la famille, les amis et les ex-collègues de travail. Ceux-là même que tu as abandonné dans ton pays d’origine en prétendant que l’herbe est bien plus verte ailleurs!

Ton rêve d’immigration, tu l’as caressé, tu l’a porté en toi, tu l’a vécu et revécu en imaginant toutes les possibilités. Ton rêve, tu as eu le temps de le peaufiner pendant ta longue période d’attente. Et tu t’es vu vivre dans un pays  »meilleur » que celui qui t’as vu naître, un pays où ta famille et toi auriez plein de possibilités. Et te voilà immigrant, nouveau arrivant dans un pays nouveau, face à de nouveaux défis, à l’autre bout du monde.

La petite voix qui te soufflait tellement de merveilleuses choses au sujet de cette aventure, te susurre à présent à l’oreille, pas de retour en arrière, les dès sont jetés et advienne ce qui pourra. Gonflé d’espoir, tu te sens l’âme conquérante, un peu à l’image de Tarek bnou-Ziad!

L’expérience canadienne (par fois québécoise) tu avais entendu parler de cette exigence, avant de t’embarquer dans ce périple. Tu étais tellement sûr de toi et de tes capacités au point de balayer du revers de la main, toute entrave possible à tes projets. Tu étais déterminé et prêt à occuper n’importe quel emploi dans les premiers temps suivant ton immigration, afin d’acquérir cette fameuse expérience canadienne! De quoi subvenir à tes besoins et à ceux de ta famille, pour débuter, cela te paraissait faisable! Tu l’avais affirmé haut et fort à l’employé des services de l’immigration lors de l’entretien de sélection. Souviens-toi, tu projetais même d’occuper le travail  »forcé du pourvoyeur » tout en recherchant le travail que tu vise, celui qui te valorise.

Tu t’étais engagé de ton plein gré à occuper un travail sous-qualifié en immigrant au Canada. Était-ce là ta volonté véritable, ou le message subliminal de l’agent de l’immigration avait fait son effet!?

Après les démarches pour finaliser la paperasse et les recherches d’usage pour loger la famille et scolariser la marmaille, te voilà sur le marché de l’emploi, ta pile de diplômes sous le bras. Tu dévoile tes certificats, tes prix d’excellence, tes expériences…et tu rentre bredouille faute d’expérience canadienne. Tu t’échines entre les sites de recherche d’emplois, les centres locaux d’emploi, les démarches personnelles…Tu rejoins l’interminable file de ceux et celles qui cherchent désespérément l’expérience canadienne. Tu tournes en rond, tu veux travailler pour acquérir l’expérience, mais il te faut l’expérience pour travailler! Pas n’importe laquelle, la canadienne s’il vous plait!

Le découragement t’assaille, le doute s’infiltre, la dépression rode, l’insommenie s’installe et la folie n’est pas loin. La remise en question débute! Tu fini par te demander si tu as fais le bon choix? Tu te questionnes si s’était juste pour faire la plonge, servir dans les restaurants de troisième zone, distribuer les journaux publicitaires, faire le ménage ou au mieux devenir chauffeur de taxi, à quoi bon passer la fameuse sélection? Faut-il être un ingénieur d’état, un docteur, un architecte ou un génie en informatique pour combler ces ‘’basses besognes’’?

À quoi riment toutes ses complications autour de la sélection et de l’immigration? Les frais d’ouverture de dossier, les tests de langues française et/ou anglaise, les examens médicaux, les assurances, les frais de subsistance pour les premiers mois, les visas, les billets d’avion…Et le comble, les félicitations cérémonieuses de l’agent de l’immigration te complimentant pour l’accomplissement de ta sélection, comme si les portes du paradis éternel venaient de s’ouvrir devant toi!

Viennent le déracinement, les sacrifices, les changements, les inattendus et  »l’hiver d’icit ». Au bout de quelques mois, l’espoir laisse place à l’amertume, la fougue des débuts se mue en aigreur, les recherches harassantes se suivent et se soldent par la même fin! Tu piétine sur place, que d’efforts perdus, que de déceptions à répétition et la maudite expérience canadienne qui tarde à venir! Que reste t-il de ton rêve à présent?

Exit la vie de jadis ou le poste de responsabilité que tu occupais dans ton pays.  »Icit » ta vie tient dans les quelques bagages que tu as pu amener avec toi. Tu dois t’adapter aux températures sous le zéro et surtout te résoudre à recommencer à zéro.  »Icit » tu es un être nouveau, tes précieux diplômes ne serviront probablement pas, à toi de t’adapter au pays que tu as choisi.

Oublie les années passées, tes expériences ultérieures…et retrousses les manches pour tout recommencer tel un jeune enfant qui fait ses premiers pas dans la vie, tu dois apprendre les Baba de la vie canadienne.

Oublie tout ce qui se rapporte à ton ancienne existence, sous peine de rester entre deux mondes, incapable d’aller de l’avant ou de retourner en arrière. Et le retour en arrière n’est pas envisageable, n’as-tu pas brûlé le bateau après la traversée?

Oublie les grandes réunions festives avec tous les embranchements de la famille au grand complet pour célébrer les fêtes religieuses, et familiales. Oublie ton salon traditionnel et ta maison en pierres solides construite brique par brique selon tes propres goûts. Icit, il faut te faire au logement en bois, celui-là même qui englouti l’essentiel de tes revenus d’employé au salaire minimum (si t’as la chance de travailler). A présent, il faut apprendre à vivre dans la promiscuité avec les voisins dont tu peux deviner les moindres gestes faute d’isolation adéquate. Les ronflements sonores de ton voisin du haut meubleront tes nuits de nouveau insomniaque et les échanges nocturnes du couple d’à côté, parviendront à tes oreilles malgré toi. Les logements en bois sont une autre réalité de la vie d’Icit.

La malédiction de l’expérience canadienne frappe encore plus fort les nouveaux arrivants, ex-col-blancs, ceux qui étaient habitués au café du matin dans un bureau spacieux et à un revenu substantiel à la fin du mois, garanti par ces mêmes diplômes qui n’ont pas cours icit.

À quelques exceptions près, au Québec les immigrants sont tous  »égaux » devant les difficultés des commencements, du moins pour le commun des mortels! C’est un peu à l’image du grand voyage pour l’au-delà, il n’y a pas de passe droit, Le Québec a ceci de vrai, il loge ses citoyens d’adoption à la même enseigne. Il met tous ses nouveaux arrivants, immigrants reçus, sur la même ligne de départ.

Heureux celui qui réussi à trouver un raccourci pour parvenir au plus vite à ses objectifs. Mais en règle générale, malgré la diversité des parcours et les bifurcations; les mêmes étapes sont franchies encore et toujours par les flots successifs d’immigrants. Ils espèrent, peinent, trébuchent, résistent, tombent se relèvent… puis se résignent à prendre ce qu’ils trouvent. Ne dit-on pas qu’il n’y a pas de sot métier? Et puis il faut bien vivre, se nourrir se loger, payer les factures…

Dans le sombre tableau du parcours de l’immigrant, pointe cependant une petite lueur, au pire des cas l’État assure le minimum vital à l’immigrant mal pris et la scolarité à sa progéniture. Au moins dans ce coins du monde, les parents n’ont pas à se plier aux caprices des enseignants et à la cupidité de certains d’entre eux, qui les saignent à blanc sans le moindre scrupule, en frais de cours particuliers afin d’assurer la note de passage à l’étudiant pris en otage. Au moins dans ce coin du monde il est encore possible de laisser sa porte entrouverte, sans risque de se faire dévaliser à tout moment de la journée! Au moins dans ce pays, malgré les difficultés, le désenchantement et les déceptions, les descendants des immigrants peuvent vaquer à leurs occupations dans la paix et la tranquillité d’esprit et ils peuvent espérer une meilleure chance que leurs parents.

La déception peut disparaître avec le temps, si tu décide de voir la part pleine du verre, comme on dit. Ce même verre pourrait déborder de regrets et de fiel si tu te focalise sur tes sacrifices et sur tout ce que ton projet de t’établir au Québec t’a coûté. Dans ce volet, si tu décide d’immigrer au Canada et spécialement au Québec, ne demande l’avis de personne sur l’éventuelle vie qui t’y attend et ne te compare à personne! À chacun son vécu, ses expériences, ses aptitudes, ses facilités…sa personnalité propre et sa façon de voir qui pourraient lui faciliter son  »intégration » et sa réussite; ou au contraire, faire de son rêve d’immigration un cauchemar, voir un petit tour en enfer!

Si tu es un dur à cuire, qu’il te reste du souffle et que tes neurones n’éclatent pas comme des bulles de savon en plein soleil,  retourne donc sur les bancs de l’école, un petit certificat bien d’icit aura probablement plus de valeur que ton ‘’PhD importé’’ qui t’as donné des cheveux gris.

A quoi bon la mascarade de sélection des immigrants selon leurs qualifications! Il aurait suffi d’ouvrir les portes aux sujets durs au labeur, aussi solides qu’un bardot, pour trimer sans relâche et supporter les durs hivers et la maudite neige qui vous dégoûte du blanc à jamais.

Alors bienvenue au Canada, bienvenue au Québec…

Texte : Sabah Sehmoudi Erraki traduit par Samira Tasli

 

Une réponse

  1. jenny

    L’homme est un arbre toujours à la recherche d’enracinement, et votre pays est peu être un paradis relatif, alors que vous croyez vivre en enfer? ai trouvé deux articles sur l’économie du Maghreb assez intéressants & assez objectifs à mon gout , l’un le Maghreb vis à vis du sud http://bernard-jomard.com/2016/04/20/le-maghreb-doit-sinteresser-a-ses-voisins-du-sud/ et le 2eme le Maghreb vis à vis du Nord http://bernard-jomard.com/2016/10/17/incontournable-maghreb-2/

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