Quand Beethoven composa sa cinquième symphonie, avec les fameuses notes qui l’ouvrent, il expliqua à un ami leur signification, en écrivant qu’elles représentaient les coups du destin. « Ainsi frappe le destin à la porte », affirma-t-il.

Je n’ai pas trouvé de plus beau que la cinquième de Beethoven pour exprimer ma gratitude à une personne que j’ai rencontrée aux premiers jours de mon arrivée au Québec, il y a 9 ans. Ma professeure d’anglais et ma voisine de palier. Et tout cela s’est fait par hasard. Ainsi le destin frappa à ma porte et je fis la connaissance de la plus merveilleuse des symphonies que j’ai croisées durant ma jeune vie.

Nous venions d’arriver depuis à peine 20 jours et nous avions déménagé dans un 4 et demi quand en rentrant de l’école un soir, je croisai par hasard Ellen à l’entrée de l’immeuble. « Mon élève et ma voisine !! », s’exclama-elle. Nous sommes restées à bavarder un moment devant le palier de sa porte. Elle essayait de me réconforter, de dissiper cette inquiétude qu’elle a dû percevoir dans mes yeux égarés, et me proposa de l’aide, du soutien avant de me quitter avec un grand sourire plein d’empathie et de compréhension à l’égard de mon état de jeune adolescente déracinée, fraîchement débarquée dans un environnement, que je voyais aussi hostile que ma tranche d’âge.

Je portai en moi tous ces sentiments de nostalgie et de déchirements aussi lourds que mes souvenirs soigneusement entassés dans mes bagages. Ellen, telle la cinquième symphonie de Beethoven, portait en elle cette intensité d’âme pleine de bonté, de générosité et de compassion. Elle m’expliqua que, pour faciliter mon intégration et m’adapter rapidement, le meilleur moyen était de me faire des amis, que les premiers contacts avec des personnes d’ici ouvrent la porte à la culture et aux valeurs de mon pays d’accueil, et me donneront l’accès à leur réseau de contacts, d’autant plus que mon statut d’élève à la polyvalente me donnait cette opportunité de me trouver dans un milieu de jeunes de mon âge
Même si la notion d’amitié diffère, selon elle, et j’en conviens, les relations sociales sont cruciales pour développer d’autres comportements et acquérir les valeurs de la société d’accueil.

Les moindres gestes quotidiens avec le voisinage y participent, m’encourageait-elle tout le temps, les interactions sociales, si minimes qu’elles soient, avec les membres de la communauté d’accueil, favorisent une intégration rapide, et une connaissance plus profonde des us et coutumes locales.

Ellen joignait l’acte à la parole, m’inscrit au club des Optimistes dont elle était le gouverneur et m’impliqua dans toutes les activités, qui s’y déroulaient dans un climat convivial, où l’Optimisme est Roi! J’ai même participé à un concours d’écriture organisé par le club, et j’ai gagné le troisième prix. Un exploit pour une nouvelle arrivante, totalement dépaysée. Et si j’ai gagné, si j’ai affronté ma peur et mes sentiments négatifs, c’est grâce à Ellen, à sa résilience et à sa patience. Comme une mélodie, Ellen donnait aux choses, petites et grandes, un côté magique qui dissipait tous les obstacles d’une jeune fille nouvelle arrivante. Elle m’a aidé à combattre ce sentiment vécu de façon douloureuse, en l’occurrence ma nostalgie et cette notion de perte qui s’y rattache : perte de repères, d’êtres aimés, d’objets et de lieux pleins de souvenirs.

Grâce à Toi Ellen, j’ai pu m’épanouir dans mon nouveau monde, reprendre confiance en moi, en mes choix et en un avenir meilleur. Merci Ellen

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