Abdelhafid Daoudi

De nos jours, les technologies de l’information et de la communication (TIC) : les médias, les réseaux sociaux (aimer, partager et commenter) et les cellulaires intelligents facilitent l’implication active des citoyens à la vie politique. En effet, la démocratie représentative et la démocratie sociale peuvent se réaliser de façon pertinente via les TIC. Ces dernières nous permettent non seulement de changer nos outils d’échange, mais aussi nos comportements et habitudes démocratiques.

Mise en contexte et postulat

Comme promis dans mes articles précédents, à travers une réflexion socio-politico-organisationnelle sur la gestion de la crise, je tenterais de répondre à ce questionnement : quels rôles peuvent jouer les TIC dans la propagation de la démocratie partout dans le monde ?

L’idée principale de départ consiste à constater que certaines crises sociopolitiques sont des leviers stratégiques d’apprentissage organisationnel, elles incitent l’engagement à la réforme et à la prévention afin de s’autoréguler et d’éviter les catastrophes futures. En outre, les TIC facilitent ce type d’engagement.

Pour cela, nous tardons davantage à expliquer l’effet des TIC sur nos modes de vie politique et nos comportements démocratiques tout en citant deux exemples pertinents qui illustrent ces rôles : la tentative de putsch et le « Hirak » du Rif. Le premier témoigne que les TIC ont permis de protéger la démocratie. Tandis que le second dévoile que les TIC ont aidé à défendre la démocratie :

Le premier cas : la tentative de putsch en Turquie

Le vendredi 15 juillet 2016, le coup d’État a été raté contre le régime politique en Turquie. D’après le gouvernement turc, cette tentative échouée a été encadrée par certains militaires; une faction des forces armées turques liée à Fethullah Gülen. Le bilan officiel de ce putsch était de plus de 290 morts.

Le second cas : le « Hirak » du Rif

Le « Hirak » du Rif (الريف حراك, mobilisation, mouvement ou mouvance de contestation du Rif) au Nord du Maroc est une lourde préoccupation qui a coulé assez d’encre et de sang. Il a vu le jour le vendredi 28 octobre 2016, date de la mort du Rifain Mohsen Fikri, écrasé par le compacteur d’un camion-ordure lorsqu’il a tenté de sauver sa marchandise saisie par les autorités marocaines sous prétexte qu’elle ne respectait pas les normes et les règles en vigueur. Car, elles voulaient la détruire sous ses yeux.
Les réseaux sociaux sont encore marqués par la phrase blessante et irresponsable : « Thane Mou» (مو طحن, écrase sa mère) prononcée lors de cette tragédie.

Discussion

L’impact des TIC sur la démocratie et le mode de vie politique est profond. Plus que jamais, il est nécessaire que la conscience et l’inconscience de l’individu moderne prennent acte que nous vivons présentement dans une société numérique où nous avons réellement dépassé la notion des frontières entre les personnes, les groupes, les villes et les pays.

Évidemment, les TIC offrent la possibilité de franchir toutes ces barrières traditionnelles. Elles créent des nouvelles exigences et des liens sociaux. Ceci est un atout dynamique qui permet de participer à bâtir une nouvelle micro-culture et à devenir membre d’une communauté « pour construire une expérience collective [….] À travers cette micro-culture, les membres d’une communauté développent une identité commune » (Dillenbourg et al., 2003, p.6-7). Les communautés numériques considèrent que la liberté d’opinion et d’expression est un droit incontestable.

L’usage des TIC a véritablement réduit les temps de traitement des échanges entre les personnes; il offre la rapidité de réaction. Le partage d’information se veut plus fluide et plus clair pour tous. En simplifiant, disons que le citoyen moderne est un être qui, de par sa nature, possède des sentiments et des opinions, il a besoin d’exprimer ses émotions et ses avis. Les réseaux sociaux ont bel et bien compris ceci et ont répondu à ce besoin.

D’une part, les TIC ont joué un rôle primordial pour avoir sauvé le Président de la Turquie Recep Tayyip Erdoğan d’un coup visant à renverser son gouvernement, qui a eu lieu principalement à Ankara et Istanbul. En outre, M. Erdoğan a eu recours aux réseaux sociaux afin de mobiliser ses compatriotes pour se manifester en faveur de la démocratie.

C’est grâce à un appel Face Time du Président, avec son téléphone intelligent, il a pu rallier les Turcs. Les citoyens ont répondu favorablement à son appel; ils sont descendus massivement dans la rue pour contrecarrer le coup d’État et protéger la démocratie Turque.

D’autre part, les TIC ont permis de faciliter le « Hirak » du Rif au Maroc à montrer au monde entier que leurs revendications sociales et économiques sont sérieuses, raisonnables et légitimes, ainsi qu’à mettre en question toutes tentatives du « Makhzen » (المخزن, magasin, dans l’inconscience des Marocains ce terme signifie une partie des élites qui ont un grand pouvoir de prise des grandes décisions) et des opposants de cette mouvance de toucher à la leur crédibilité, telles que : encourager certains supporters sportifs lors d’un match de soccer à la ville d’Alhoceima pour provoquer les jeunes du « Hirak », accuser et renvoyer certains membres actifs du « Hirak » l’image de séparatiste, de chiite, d’intégriste, de suscitateur de la «Fitna» (الفتنة, la sédition ou la division ou le désordre) et d’avoir l’intention de déstabiliser le royaume.

Au sujet du Hirak, je pense que, dans un « monde de verre » comme le nôtre, il est plus simple d’être authentique. À vrai dire, la mobilisation de la population marocaine actuelle n’est qu’un sérieux signal d’alarme, comme celui du mouvement de contestation marocaine du 20 février 2011, qui rappelle les décideurs que sans l’implication active de l’État, « l’exception politique marocain » ou le « modèle marocain » ne durera pas assez longtemps.

Avec les TIC, les citoyens marocains deviennent de plus en plus instruits et informés des chiffres alarmants des statistiques qui indiquent nos difficultés dans divers secteurs, entre autres : la santé et l’enseignement. Alors, il faut tirer des leçons nécessaires.

Certes, les TIC favorisent la transparence et poussent l’être humain à contrôler ses paroles et à réaliser ses promesses, car il est filmé et enregistré. Dès lors, ceci pourra être utilisé comme moyen de reddition de compte. Le système public devient facile à contrôler et à juger. Il me semble que c’est la première fois, dans l’histoire, que l’être humain arrive à faire un incroyable partage entre ce qui lui appartient et ce qui appartient à l’autre dans un univers très complexe de la relation, entre autres : les réseaux sociaux (le monde bleu : Facebook).

De surcroît, l’utilisation des TIC à des fins politiques est sans doute un acte indispensable, elle représente une façon performante d’interpeler les citoyens et de les engager dans un dialogue public. Il s’agit là d’une sorte de réingénierie innovatrice qui peut passer par deux étapes, l’objectif consistant à intégrer les TIC afin de nous adapter à la génération numérique, de faciliter les échanges et de favoriser la transparence. Cela peut nous ramener à changer nos pratiques.

En d’autres termes, dans une bulle démocratique, une infection réciproque à double relation se développe continuellement et de façon dynamique; la première est créée dans une direction directe : de l’être humain vers la technologie. Alors que la seconde s’est formée dans une direction indirecte : de la technique vers l’individu moderne.

Conclusion et perspective

En somme, dans ces deux cas de figure (marocain et turc), les TIC étaient au service de la démocratie. Elles permettent de visualiser chaque événement, ce qui aide forcément le système politique concerné à découvrir ses faiblesses et à déceler adéquatement les maillons faibles. Ceci est dans l’optique d’évaluer ses processus politiques sur une base continue en vue de les éviter.
La naissance du « Hirak » du Rif est due essentiellement aux jeunes Rifains. Puis, il a été approprié par un nombre important des citoyens de diverses couches dans plusieurs villes marocaines, européennes et américaines : hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, instruits et non instruits. En parallèle, la «génération numérique» demeurait fidèle à cette mouvance contestataire. En fait, des voix numériques s’élèvent partout dans le monde pour s’exprimer quant aux revendications du « Hirak ».

Bien que le Président Turc ait utilisé le même langage que la génération de l’IPhone de ses compatriotes, le gouvernement marocain et sa population ne partageaient pas le même langage. D’ailleurs, comment voulez-vous qu’ils soient sur la même longueur d’onde si nous parlons d’un gouvernement issu d’élections libres et un autre dit de l’ombre ?Et si le système politique marocain est marqué par un pouvoir hybride via la présence d’un « État profond » décisionnel et d’un « gouvernement de surface »,qui ne réalise pas régulièrement sa mission de la démocratie représentative et qui devient comme un dispositif administratif?

Simultanément, on ne peut nier qu’au Maroc, la démocratie représentative n’ait pas appuyé la démocratie sociale (les attentes du « Hirak » du Rif). Alors qu’en Turquie, la démocratie sociale a soutenu harmonieusement la démocratie représentative.

À l’échelle marocaine, normalement, les partis politiques devaient encourager l’implication de tous les Marocains, l’amélioration continue, le changement incessant vers le meilleur, l’action publique et la volonté de bien faire les choses du premier coup et pour toujours. Ceci fera le thème de mon futur sujet de discussion.

Du côté de la Turquie, les citoyens Turcs ont démontré au monde entier que la démocratie est une valeur, une culture, une implication de tous les acteurs, une affaire de « gagnant-gagnant », puisqu’elle permet d’améliorer le rendement du capital humain et le système public. Par conséquent, ils doivent la protéger !

Dans le prochain article, nous proposerons une piste de réflexion concernant la gestion adéquate de la crise du « Hirak » du Rif. Soyez toutes et tous aux rendez-vous.

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