Madrid poursuivait samedi sa mise sous tutelle de la Catalogne, en prenant les rênes du gouvernement et de la police de la région, au lendemain d’une déclaration d’indépendance sans précédent du parlement régional, largement rejetée en Europe.

À la mi-journée, à Madrid, plusieurs milliers de partisans du maintien de la Catalogne en Espagne ont manifesté dans le centre-ville, brandissant des drapeaux espagnols.

Ce drapeau continuait aussi à flotter aux côtés du drapeau catalan sur le palais du gouvernement régional à Barcelone, où le calme régnait, les badauds ayant remplacé les manifestants indépendantistes de la veille.

Mais la sécurité avait été drastiquement renforcée aux abords de la préfecture, symbole de l’État central en Catalogne.

Dès l’aube, le journal officiel a annoncé la destitution du chef de la police catalane, l’emblématique Josep Lluis Trapero, déjà sous le coup d’une enquête pour « sédition ».

Le ministère de l’Intérieur prend le contrôle de la police locale, et le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy devient la première autorité en Catalogne, explique le document. Selon la presse, près de 150 hauts responsables de l’administration catalane seront démis de leurs fonctions.

La gestion quotidienne de la Catalogne est déléguée à la n°2 du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, qui prend la place de l’indépendantiste Carles Puigdemont, destitué vendredi soir avec son équipe.

Resté silencieux depuis, M. Puigdemont devait s’exprimer à 12 h 30 GMT.

L’incertitude régnait sur la réponse des dirigeants indépendantistes à leur destitution, alors que le parquet général doit engager la semaine prochaine des poursuites pour « rébellion » contre M. Puigdemont, qui risque la prison.

Cette accusation est une « blague absolue. Le délit de rébellion exige un soulèvement public et violent » pour être constitué, a déclaré à l’AFP l’avocat du dirigeant catalan Jaume Alonso Cuevillas.

La mise sous tutelle de la Catalogne, au titre d’un article de la Constitution jamais utilisé auparavant, a été enclenchée par Madrid quelques heures seulement après la proclamation vendredi par le parlement catalan de « la République catalane ».

Outre la destitution de l’exécutif catalan, Mariano Rajoy a convoqué des élections pour le 21 décembre, présentées comme un moyen de sortir l’Espagne de sa pire crise politique depuis son retour à la démocratie en 1977.

« Ce que nous voulons c’est l’interdiction des partis sécessionnistes. Car s’ils se présentent de nouveau aux élections, ils dirigeront la Catalogne et tout recommencera », affirmait une manifestante opposée aux indépendantistes à Madrid, Candida Jimenez, ancienne fonctionnaire de la police municipale de la capitale, munie d’une banderole « Non à l’impunité des putschistes ».

Convoquer des élections « est une honte. C’est prolonger le problème de deux mois », estime également Carlos Fernandez, 41 ans.

À Barcelone, dans des rues vides comme un lendemain de fête, l’inquiétude était dans l’air. « Je suis content à 10% que l’indépendance ait été déclarée, mais à 90% je pense que ça va mal se passer, car l’autre partie n’écoute pas », craignait Juan Rosset, retraité de 74 ans.

Les conséquences de la déclaration d’indépendance unilatérale de la Catalogne, territoire grand comme la Belgique où vivent 16% des Espagnols, sont incalculables, tout comme celles de la mise sous tutelle par Madrid.

Signe de l’inquiétude en Europe, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker (conservateur du Parti Populaire européen) a souligné vendredi que l’UE n’a « pas besoin d’autres fissures », tandis que les grandes capitales occidentales annonçaient soutenir l’unité de l’Espagne.

Cependant, le président du Conseil européen Donald Tusk a appelé Madrid à choisir « la force de l’argument plutôt que l’argument de la force », alors que beaucoup craignent que la Catalogne ne soit entraînée dans une spirale de troubles.

La réponse du gouvernement permet de « donner la parole aux citoyens, avec les garanties démocratiques », a déclaré le n°2 du Parti Populaire de Mariano Rajoy, Javier Maroto.

Le petit parti d’extrême gauche indépendantiste CUP affirmait qu’il ne se « soumettrait pas » à la mise sous tutelle.

Puigdemont appelle « à s’opposer démocratiquement » à la mise sous tutelle
L’indépendantiste Carles Puigdemont, destitué par Madrid de la présidence de la Catalogne, a appelé samedi à s’opposer « démocratiquement » à la mise sous tutelle de la région déclenchée par le gouvernement espagnol après la déclaration d’indépendance votée par le parlement catalan.

« Nous sommes certains que la meilleure manière de défendre les victoires obtenues jusqu’à aujourd’hui est l’opposition démocratique à l’application de l’article 155 » de la Constitution espagnole, utilisé par Madrid pour démettre l’exécutif catalan, a déclaré M. Puigdemont dans un discours télévisé.

« Nous continuerons à œuvrer pour construire un pays libre », a-t-il ajouté dans un discours aux termes soigneusement choisis, dans lequel il n’a pas semblé reconnaître sa destitution.

M. Puigdemont est apparu entouré d’un drapeau catalan et d’un drapeau européen. La version écrite de l’allocution diffusée en parallèle est signée « Carles Puigdemont, président de la Generalitat (gouvernement) de Catalogne ».

La destitution de l’exécutif catalan et la dissolution du parlement régional décidées vendredi par Madrid « sont des décisions contraires à la volonté des citoyens de notre pays exprimée dans les urnes », a-t-il ajouté.

Les Catalans « savent parfaitement que dans une société démocratique, c’est le parlement qui (…) démet le président », a-t-il souligné, ajoutant que le déclenchement de l’article 155 est une « agression préméditée à la volonté des Catalans ».

La nouvelle étape dans laquelle est entrée la Catalogne doit être défendue avec un « infatigable esprit civique et pacifique », a-t-il poursuivi. « Notre volonté est de continuer à travailler pour remplir notre mandat démocratique ».

AFP

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