Né le 16 avril 1953 à la ville du rayonnement culturel et scientifique au Maroc, Fès, où il étudia jusqu’au baccalauréat aux lycées Moulay Rachid de 1965 à 1970  et Moulay Driss de 1970 à 1971. Professeur Rachid Yazami continua ses brillantes études en classes préparatoires aux Écoles d’Ingénieurs à Rouen en France de 1972 à 1975. Il intégra suite à cela l’Institut National Polytechnique de Grenoble de 1975 à 1978, dont il sorti munit de son diplôme d’Ingénieur.

Il poursuivit, ensuite, ses études supérieures de 1978 à 1985 pour  obtenir son Doctorat d’Etat. Professeur Yazami fut chargé puis Directeur de recherche au CNRS de Grenoble en 1985.

De 1988 à 1990 et sur invitation du Gouvernement Japonais, il intégra l’Université de Kyoto. Sa brillante carrière le mena du Japon à la California Institute of Technology et Jet Propulsion Lab à la (NASA) et ce pendant la période allant de 2000 à 2010. Notons que depuis 2010, Professeur Rachid Yazami siège dans la prestigieuse Université de Singapour (Nanyang Technological University), où il réalise des avancées colossales dans ses recherches scientifiques.

Il est le co-inventeur de la batterie Li-ion, un outil indispensable pour les ordinateurs et smartphones ou autres gadgets intelligents qui nécessitent une autonomie énergétique de longue durée. 

Co-auteur de plus de 200 articles scientifiques publiés et Co-inventeur de pas moins de 125 brevets liés au Lithium, que l’on retrouve dans les batteries rechargeables, Professeur Yazami, jouit d’une reconnaissance internationale l’élevant au rang d’inventeur scientifique dans un domaine assez pointu et qui orbite autour de la nouvelle chimie de la batterie sur la base de l’ion fluorure.

Ce chercheur émérite est le récipiendaire de plusieurs bourses de recherche, de la part de la NASA (Deux Prix de l’Innovation Technique), l’OTAN (Science for Peace Award) et la consécration qui a été suivi, bien évidemment d’autres mérites, fut celle du prix Draper par The National Academy of Engineering pour pionniers et leaders du terrain pour la batterie au lithium-ion d’aujourd’hui reçu en 2014, avec nuls autres que John Goodenough, Yoshio Nishi et Akira Yoshino. Professeur Rachid Yazami a, aussi, été finaliste de l’Energy Prize en Russie, en 2014.

Il a conduit des recherches, pendant plus de trente ans, au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) en France où il exerça ses fonctions de Directeur de recherches sur les matériaux scientifiques pour le stockage d’énergie électrochimique incluant le lithium primaire et les batteries rechargeables. 

En toute franchise et déontologie de recherches journalistiques, nous avouerons que, des pages rédigées à leur capacité maximale, ne suffiraient pas à décrire le parcours plus qu’intéressant de cet homme qui conjugue modestie, générosité et grandes capacités intellectuelles.

Nous tenons aussi à indiquer à nos lecteurs que le Professeur Rachid Yazami a reçu la Médaille royale (Wissam Malaki) de compétence intellectuelle de la part SM le Roi Mohamed VI, lors de la Journée du Trône le 30 Juillet, 2014.

En Mars 2016, Rachid Yazami a reçu un prix en tant que finaliste du Prix Marius Lavet de Inventing-ingénieurs, Paris, France. Nous sommes fières de compter ce  scientifique qui trône au diapason des pionniers en recherches scientifiques de taille parmi nos compatriotes qui font la différence là où ils vont. 

Le 14 Juillet 2016, ce scientifique qui honore son pays le Maroc a été élevé au grade de chevalier de la Légion d’honneur de la République Française.

Professeur Rachid Yazami a répondu favorable à l’invitation de Voix d’Ailleurs de mener avec lui l’interview  publiée  sur notre plateforme informative pour rendre à ce grand homme et amplement les honneurs qu’il mérite.

Voix d’Ailleurs : Professeur Yazami, pouvez-vous dire aux lecteurs de Voix d’Ailleurs, quelles ont été les motivations qui ont orientées votre choix d’études et de spécialisation ?

La première motivation a été la mise à profit de la créativité pour résoudre des problèmes scientifiques et technologiques de notre société. Le choix du domaine des batteries au lithium fut pris en 1978, lorsque j’ai décidé de me lancer dans une thèse de doctorat d’état à l’Institut National Polytechnique de Grenoble (aujourd’hui Grenoble INP).  Plusieurs projets de recherche m’ont été proposés tous aussi intéressants les uns que les autres.  J’ai choisi celui sur les batteries au lithium car j’ai intuitivement senti que c’était un sujet d’avenir.

Voix d’Ailleurs : Vous êtes présentement, Professeur et scientifique principal à Nanyang Technological University de Singapour, pourquoi cette Université spécialement?

En 2010 fut inauguré à NTU, l’Institut de Recherche sur l’Energie (ERIAN), j’ai été invité aux cérémonies d’inauguration et j’ai donné une conférence à cette occasion. J’ai ensuite reçu une offre de rejoindre NTU en tant que professeur de l’Ecole des Sciences et du Génie des Matériaux (MSE) et comme Directeur des programmes de stockage de l’énergie à ERIAN. Avec l’accord de ma petite famille et du CNRS, j’ai accepté l’offre et j’ai rejoint la NTU en Septembre 2010.

Voix d’Ailleurs : Et la batterie au Lithium rechargeable, quelles sont les chances pour que cette dernière soit commercialisée, voir même utilisée à des fins d’économie d’énergie dans nos foyers ?

Le marché de la batterie au lithium ion connait une expansion exponentielle car de nouvelles applications apparaissent régulièrement, en particulier dans le stockage de l’énergie, y compris dans les maisons, immeubles, résidences, usines et hôpitaux sans compter les grandes installations d’énergie propre (solaire, éolien,..) et dans les centrales électriques. L’autre domaine en plein développement est l’électromobilité, cela va des systèmes de motion individuelle ( Trottinettes électriques par exemple), vélos, scooters, carts,…) comme des voitures, camions, bus et trains, sans oublier le domaine de l’électronique mobile qui reste très fort. Je pense que nos arrières petits-enfants continueront à utiliser cette batterie qui traversera allègrement le 21eme siècle.      

Voix d’Ailleurs : Nous avons relevé la parution de nombreux articles autour de la puce électronique intelligente qui contribue à réduire la durée de la charge d’une batterie à quelques 10 minutes en toute sécurité. Toutefois, sa commercialisation tarde à se faire, pouvez-vous nous en exposer les raisons ?

Dans le domaine de l’électronique, le cycle technologique d’une innovation est d’une décade. Donc la puce qui est en plein R&D sera commercialisée graduellement dans les prochaines années.

Voix d’Ailleurs : Votre nom est, désormais, inscrit au panthéon de l’élite scientifique mondialement reconnue et applaudie, le prix Draper obtenu en 2014 de l’Académie Nationale Américaine d’ingénierie (NAE) a été une consécration amplement méritée de vos recherches, quel a été votre sentiment en le recevant en tant que marocain?

Réalisation d’un rêve auquel j’aspirais depuis ma tendre enfance. Fierté d’être reconnu par mes pairs ingénieurs. Être le premier français, marocain, africain et (probablement) musulman à recevoir ce prix est un immense honneur.

Voix d’Ailleurs : Les derniers échos provenant du Maroc relatent un mouvement favorable au respect de l’environnement par la mise au point de plusieurs stratégies et de projets encourageant les énergies renouvelables. Quelle est votre pronostic envers la faisabilité et la réussite de ses projets au Maroc ?

Le Maroc se lance dans des projets ambitieux dans le domaine de l’énergie propre et de la protection de l’environnement. La pérennité de tels projets  tient en la formation de techniciens, ingénieurs et chercheur du top niveau, car la technologie bouge et il faut que les marocains soient en mesure d’accompagner ce mouvement. C’est un effort indispensable, si, en plus d’une plus grande autonomie énergétique, on cherche une meilleure autonomie technologique. Il prendra des décades, mais c’est de l’avenir qu’il s’agit et il mérite une politique nationale ambitieuse.        

Voix d’Ailleurs : Pouvez-vous nous préciser s’il y a une quelconque forme de collaboration scientifique entre vous et les universités Marocaines ?

Le prix Draper a été le déclencheur d’une dynamique sur la recherche universitaire et industrielle sur les batteries au Maroc. Je fais partie d’une équipe internationale incluant deux grandes universités marocaines pour contribuer à un programme de recherche spécifique. Cependant,  même si on ne peut pas mettre en cause la volonté de supporter des programmes de recherche, la mise en place de ces projets souffre d’une grande lenteur administrative qu’il va falloir corriger.

Voix d’Ailleurs : Auriez-vous quelques conseils à prodiguer à notre jeunesse canado –marocaine, pour persévérer et pouvoir tutoyer les sommets dans le domaine des recherches scientifiques, comme vous ?

L’élément essentiel dans la réussite est le travail, la croyance et la confiance en soi et le travail d’équipe. La passion pour ce qu’on fait, peut aussi aider ainsi que l’art de se poser les bonnes questions. Partout dans le monde, les jeunes seront confrontés à des problèmes liés aux fondamentaux de la vie : l’eau, l’air, l’énergie et les aliments dont la qualité est déterminante de l’avenir de l’humanité. La prise de conscience des enjeux à relever pour les futures générations est en gros acquise par les jeunes qui ont été bien sensibilisés. Cela devrait susciter des vocations pour la science et la technologie pour trouver des solutions efficaces et durables pour sauver notre planète. Il n’est pas trop tard mais il faut agir vite.

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Voix d’Ailleurs adresse ses vifs remerciements au Professeur Rachid Yazami, nous ne pouvons qu’exprimer tous nos respects et nos encouragements pour le travail louable qu’il entreprend au quotidien. Prouvant, encore et toujours, que les marocains sont capables d’être au diapason des personnalités les plus imminentes dans tous les domaines dans le monde entier.

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