Un souci de recréer l’ambiance de la Mère-Patrie dans un esprit de partage et de solidarité.
Comme chaque année, avec l’avènement du mois sacré de Ramadan, un moment fédérateur et à forte portée religieuse et spirituelle pour tout musulman, les Marocains du Canada, à l’instar de leurs compatriotes, s’emploient, tout en accomplissant leur devoir religieux, à recréer des airs similaires de cette inégalable ambiance ramadanesque de la Mère-Patrie, à laquelle ils étaient tellement habitués depuis leur enfance avant d’élire domicile outre Atlantique.

En effet, ces Marocains expatriés, dont la majorité est établie dans la province du Québec, s’appliquent à perpétuer les traditions marocaines propres à ce mois de miséricorde et de bienfaits, et ne lésinent pas sur les moyens afin de revivifier en terre d’accueil cette atmosphère empreinte de spiritualité et de piété sans pareille.

Certes, qui dit Ramadan dit chaleur familiale et ambiance conviviale très spéciales aussi bien autour de la table du « Ftour » que du « Shour », préparée soigneusement par les mères de familles, mais malgré l’éloignement et les contraintes inhérentes à leur nouveau cadre de vie nord-américain, les Marocains du Canada s’accommodent du mieux qu’ils peuvent afin d’atténuer leur sentiment de dépaysement et de transposer cet environnement unique qui caractérise chaque foyer marocain lors de ces soirées ramadanesques qui rappellent des moments à forte charge émotionnelle pour chaque jeûneur expatrié.

Si certains d’entre eux parviennent à reconstituer, comme ils le peuvent, cette ambiance irremplaçable, entourés de leurs petites familles, leurs voisins ou proches, en préparant des tables de « ftour » à la marocaine, garnis de plats et mets succulents typiquement marocains, d’autres vivant seuls ou n’ayant pas assez de moyens, se sentent, en revanche, tellement nostalgiques et cherchent à apaiser leur sentiment de « L’Ghorba » et à affronter cette nouvelle expérience loin des leurs.

Dans ce sens, ils partagent la rupture du jeûne soit avec d’autres compatriotes ou entre groupes d’amis ou de voisins qui vivent la même situation ou dans le cadre d’Iftars collectifs organisés par plusieurs associations marocaines et arabo-musulmanes où les valeurs de partage, d’entraide sociale et de solidarité deviennent les maîtres mots en ce mois de ressourcement spirituel.

En effet, ces Iftars, qui se multiplient tout au long de ce mois de recueillement et de quête de perfectionnement de soi, constituent pour eux un important moment de communion, où le dépit ressenti à devoir passer ce mois loin des siens est oublié pour un moment dans cette ambiance fraternelle, chaleureuse et conviviale qui rappelle, à quelques détails près, celle du bled.

Ces tables ramadanesques, auxquelles se joignent des ressortissants d’autres confessions et nationalités, sont devenus aussi des espaces d’échange interreligieux et interculturel pour faire connaître les véritables préceptes de l’Islam modéré et les nobles valeurs d’ouverture sur l’Autre, d’entente, de rapprochement, de coexistence inter-communautaire et de vivre-ensemble harmonieux, et ainsi démystifier certains préjugés et amalgames véhiculés en ces temps marqués par la montée de la xénophobie et de l’islamophobie en Occident.

Tout en réservant l’attention qui sied au mois de Ramadan, les Marocains résidant au « pays de la feuille d’érable » sont également appelés à concilier entre devoir religieux et obligations du vécu quotidien foncièrement différent de celui du pays d’origine. Ils doivent ainsi relever le défi de travailler les mêmes heures qu’en temps normal et de résister pendant les longues heures d’abstinence où ils sont entourés de personnes qui ne jeûnent pas.

Pour eux, malgré cette situation un peu difficile, cela ne les empêche pas de s’y adapter et de donner à ce mois de « mise à l’épreuve » intérieure toute la signification qu’il mérite puisqu’elle fait partie intégrante de l’identité de tout musulman.

Le Ramadan constitue, en outre, pour de nombreuses familles marocaines expatriées une occasion idéale en vue d’initier leurs progénitures à l’observance du jeûne, et de leur inculquer les vertus de ce mois d’introspection et de méditation ainsi que les bienfaits de cette abstinence.

D’ailleurs, les pères de familles tiennent, en ce mois béni, à emmener leurs enfants aux mosquées et aux salles de prières aménagées à cette occasion pour accomplir la prière d’Al Ichae et des Tarawihs en vue de leur apprendre à prier, à lire le Coran et à se rapprocher de Dieu, sans oublier les conférences et causeries sur l’Islam et le Ramadan, tenues tout au long de ce mois de générosité et de bonnes œuvres.

En dépit de leur détachement de leur contexte socio-culturel marocain et arabo-musulman, les Marocains du Canada, tout en admettant que le Ramadan n’a pas le même goût qu’au bled, demeurent, même à des milliers de kilomètres du Royaume, fortement attachés à perpétuer les mêmes traditions ancestrales transmises de génération en génération, afin de préserver leur identité religieuse et culturelle dans une société canadienne cosmopolite.

Hassan EL AMRI

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