« Nous sommes tous des immigrés, il n’y a que le lieu de naissance qui change. »  Citation anonyme

Dans les sociétés occidentales, la question de l’immigration occupe une place très importante. C’est grâce aux mouvements migratoires quede grands pays tels que le Canada et les États-Unis ont pu naître. Ces mouvementsconstituent aussi une question vitale pour l’avenir de ces pays et pour l’ensemble de la planète.Les causes qui expliquent ce phénomène sont diversifiées mais elles sont essentiellement dues àdes facteurs économiques, sociaux, politiques et culturels ainsi qu’àdegrands fléaux et des catastrophes naturelles.

Ici, nous n’avons pas l’ambition de nous attarder sur tous ces enjeux, nous nous concentrons plutôt sur ceux qui sont démographiques et économiques, car ils sont les principales causes de l’immigration. Nous tentons également d’analyser rapidement la complexité des motivations des immigrants à quitter leur pays natal et vivre l’expérience migratoire.

Cet article est une suite de notre article précédent à propos des stations importantes dans l’évolution de la présence des immigrants dans les sociétés contemporaines. Il se veut de continuer à creuser davantage dans l’histoire afin de tracer et d’analyser certains facteurs qui justifient la croissance de l’immigration à l’échelle internationale.

Historiquement

La révolution industrielle, qui a pris naissance en Europe Occidentale, va bouleverser les bases de l’économie mondiale. Amorcée en Angleterre dans la moitié du XVIIIème siècle, etensuite en Allemagne, cette industrialisation massive se répand dans toute l’Europe de l’Ouestau début du XIXème sièclepour atteindre le Japon et les États-Unis d’Amérique à la fin du siècle.

Il faut dire que cette industrialisation s’est pratiquement répandue dans l’ensemble de la planète. Il s’agit de « la plus profonde mutation qui ait jamais affecté les hommes depuis le néolithique (…) Peu à peu, tous les domaines de la vie sont atteints et transformés : travail quotidien, mentalités, cultures. (…) La révolution industrielle, c’est l’acte de naissance de notre monde» (Rioux, 1971, p.1, 16).

Effectivement, on assiste à la naissance d’une nouvelle économie : l’économie mondiale, qui va elle aussi donner naissance à la mondialisation des échanges au plan économique, social et culturel. Il faut noter ici que le développement économique a été accompagné par une «explosion démographique, avec des taux de croissance naturelle quatre fois plus élevés qu’auparavant. La population de l’Europe va ainsi tripler entre 1750 et 1900, passant de 136 millions à 410 millions d’habitants, auxquels il faudrait ajouter 140 millions d’émigrés vers des terres lointaines, avec leur descendance. À la fin du XIXème siècle, l’Europe atteint la plus forte densité de population de la planète (40 habitants au kilomètre carré), et près d’un humain sur trois est de souche européenne » (Langlois et Villemure, 2012, p. 253).

Enjeux de la croissance de l’immigration

Comme on peut bien le remarquer, développement économique, migration-émigration et démographie sont des variables étroitement liées qu’il faudrait prendre en considération lorsqu’on traite de mouvements migratoires.Pour simplifier, on peut dire que, la raison principale de la dynamique des populations immigrantes, vers les pays qui s’industrialisent, réside dans le fait que la machine industrielle tourne de façon exponentielle, en phase avec la chute du taux de natalité et / ou l’augmentation considérable du taux de mortalité provoquée par les Grandes Guerres.

Paradoxalement, les choses se sont inversées, l’Europe ou l’Occident qui connaissaient une forte augmentation démographique liée à l’industrialisation, ont commencé à faire face à un déclin démographique considérable, à cause des deux Grandes Guerres et l’utilisation des moyens de contraception qui a accompagné le mouvement féministe et l’émancipation des femmes.

Les migrations économiques ont commencé dans les années 1960, elles se sont accentuées au cours des années 1990.  À la fin des années 1990 et au début des années 2000 s’établit une nouvelle tendance relative à la migration économique pour répondre à l’augmentation des facteurs de production et de mondialisation.

À cet effet, les pays riches attirent une main-d’œuvre très qualifiée venant des pays en émergence et de quelques pays pauvres. Il faut préciser ici que cela ne veut pas forcément dire que les personnes motivées à l’immigration sont des pauvres. Le choix volontaire des immigrants à vivre en dehors de leur pays d’origine est plus complexe. En effet, de nombreux éléments intrinsèques et extérieurs poussent les gens à prendre la décision de quitter leur pays natal, entre autres : l’aspiration à une bonne qualité de vie, la poursuite des études, surtout l’enseignement supérieur, la qualité de la scolarité pour les enfants, la liberté d’opinion, l’accès au marché du travail…. Bref, une bonne aspiration à un avenir plus prometteur.

Récemment, les flux migratoires se sont mondialisés. En 2016, selon les Nations Unies, la population née à l’étranger était de 124 millions de personnes dans les pays de l’OCDE (OCDE, 2017). Par conséquent, la part des migrants dans la population mondiale a atteint 3,3 % en 2015, contre 2,8% en 2000 (ONU, 2016). En Europe, 4,7 millions de personnes ont immigré dans l’un des États membres en 2015 (Europa, 2017).

Finalement, il faut souligner que la dualité : pays riches et pays pauvres ou développement et sous-développement, nous renseigne sur la forte mobilité des populations et donc des mouvements migratoires qui partent de ce ‘’Sud’’ sous-développé vers ce ‘’Nord’’ développé et largement industrialisé. Et comme le soulignent, Langlois et Villemure (2012, p. 264-265) : « au développement de quelques-uns répond le sous-développement de la majorité. La révolution industrielle a eu pour effet de creuser, entre nations riches et nations pauvres, un fossé comme jamais l’humanité n’en a connu, Il n’y a jamais eu une distance aussi grande qu’aujourd’hui entre les sociétés les plus ’’avancées’’technologiquement et les sociétés qui le sont le moins, sur une Terre où se retrouvent, en même temps, des humains qui vivent à l’âge de pierre et d’autres qui sont entrés dans la société postindustrielle, celle de l’informatisation».

Conclusion

Dans l’ensemble, l’immigration est essentiellement une réponse à l’imbrication des exigences du marché du travail et du besoin de main-d’œuvre. En revanche, celle qui est volontaire est un résultat des inégalités sociales, économiques et démocratiques entre les diverses nations qui vivent dans le bateau de notre planète. Depuis longtemps, des millions de personnes rêvent de prendre l’ascenseur vers l’étage des pays riches et démocratiques de ce bateau. Car, c’est au sein de ce dernieroù règne une certaine justice sociale et où les aspirations des individus sont majoritairement réalisables, puisque le principe d’égalité des chances est généralement respecté et les citoyens profitent des bienfaits d’une société égalitaire.

Dans les prochains articles, nous continuerons à jeter un regard économique et démographique sur le besoin accru de l’immigration au Canada. Et nous discuteronssurtout du contexte de l’immigration maghrébine. Également, nous nous attarderons sur la question de l’immigration dans la pensée éthique et politique contemporaine, ainsi que sur l’approche interculturelle vis-à-vis de la vision multiculturelle où nous expliquerons les trois visions d’Émile Olivier. Ensuite, nous réaliserons, à maintes reprises, des allers-retours sur le paysage de la diversité au Canada. Soyez toutes et tous au rendez-vous.

Rabia Jouiet et Abdelhafid Daoudi

 

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