En 2017, j’ai publié une suite d’articles qui aborde principalement le thème de l’engagement politique des citoyens. En binôme, cette année, nous allons ouvrir un autre chapitre, qui se penche sur l’intégration selon divers axes. Notamment, sous l’angle de la place des immigrants dans le processus démocratique.

La question de l’immigration et des minorités est, en effet, devenue un sujet de réflexion et de revendication. Dans les sociétés contemporaines, elle est au cœur des débats et enjeux liés au multiculturalisme, interculturalisme et aux droits des minorités nationales ou culturelles.

Cet article est le fruit d’un travail collectif. Il tente de creuser davantage dans l’histoire afin de tracer et d’analyser les stations importantes de son évolution à l’ordre national et international : la période des « Trente Glorieuses » et la phase de la mondialisation. En vue de mieux conduire notre analyse et d’apporter un éclairage sur notre sujet, nous dresserons le portrait de l’immigration au Canada.

L’immigration à l’échelle internationale

Au XVIe siècle, le monde occidental était déchiré par des conflits religieux entre les catholiques et les protestants. Ainsi, l’intolérance religieuse se répandait partout en Europe. C’est dans ce contexte qu’on peut situer la première vague d’immigration vers la Côte Est de l’Amérique du Nord (Virginie actuelle).

En effet, une population britannique, persécutée dans son pays pour ses convictions religieuses, notamment une secte dissidente del’Église anglicane créa, en 1607, la fondation de Jamestown, enVirginie. S’ensuit, vers 1620, l’émigration puritaine : il s’agit des « Pilgrims Fathers » (« Pères Pèlerins »), des religieux adeptes du puritanisme, qui fondèrent la colonie de Plymouth.

Cette émigration d’origine religieuse va perdurer jusqu’aux années 1642 et entraina avec elle, la création des autres colonies de la Nouvelle Angleterre. Elle constitua, donc, la base de la formation des Treize Colonies, qui vont devenir plus tard, et précisément vers 1785, les États-Unis d’Amérique.

Étrangement, ce grand pays a été fondésur des bases religieuses. Voici un extrait du préambule de la Déclaration d’Indépendance des États-Unis : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes : que tous les hommes naissent égaux ; que leur Créateurles a dotés de certains Droits inaliénables, parmi lesquels la Vie, la Liberté et la recherche du Bonheur…»

Quatre ans, après la signature de la Constitution américaine, on y ajoute les fameux dix amendements, dont le premier stipule, clairement, la liberté de religion : « Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l’établissement ou interdise le libre exercice d’une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse, ou le droit qu’à le peuple de s’assembler paisiblement ».

Toutefois, si l’histoire des États-Unis est tellement liée à cette « tolérance religieuse », on ne peut que s’interroger sur les récents événements ou positions qui ont marqué la nouvelle politique d’intolérance envers certaines minorités religieuses, adoptée par l’administration Trump. À cet égard, les récents propos du Président Trump, lors d’une réunion sur l’immigration qualifiant les pays d’Afrique et Haïti de « pays de merde », sont plus qu’outrageants, ils sont qualifiés de « racistes, choquants et honteux » par le Haut – Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme.

Dans l’ensemble, à l’époque, le souci principal se tournait autour de la religion nationale. Afin de mettre un terme à ces conflits, l’expérience européenne a privilégié la laïcité, tout en « instaurant la séparation de l’Église et de l’État ainsi que la liberté de conscience. Les minorités religieuses étaient ainsi protégées indirectement, grâce à la liberté de culte, de sorte que les gens pouvaient librement s’associer pour pratiquer la religion de leur choix, sans craindre de discrimination ou de réprobation de la part de l’État » (Kymlicka, 2001, p.12).

Au fil du temps, les sociétés modernes – dites « industrielles » – se rendent de plus en plus multiculturelles et dynamisées par les minorités. Par conséquent, la laïcité en lien avec la démocratie inclusive devient non seulement une solution pour gérer la liberté de croyance, mais c’est aussi un dispositif pour conduire et maîtriser la diversité. En principe, les valeurs démocratiques favorisent la diversité ethnique et culturelle. Elles permettent aux citoyens de vivre ensemble, ainsi que de cohabiter tout en maintenant leur identité.

En général, nous distinguons deux périodes importantes dans le flux migratoire entre les divers pays : la première est l’époque des « Trente Glorieuses » et la seconde est le temps de la mondialisation.

Quant à la première, nous remarquons la montée de la présence physique des immigrants, dans les pays occidentaux, dès la période dorée des « Trente Glorieuses ». Tandis que, nous signalons une autre vague de l’existence physique, qui est accentuée, plus particulièrement, à travers la mondialisation. Plus que jamais, cette dernière a offert des opportunités incroyables d’expression aux minorités. Elle a également ouvert une émergence de nouveaux mouvements identitaires et sociaux minoritaires.

Le Canada, pays d’immigration hier et aujourd’hui

Nous considérons que le Canada est un exemple pertinent en matière d’immigration, de diversité et d’inclusion. C’est pourquoi, il faut préciser que la période où le Canada a accueilli le plus grand nombre d’immigrants est celle précédant la Première Guerre mondiale : près de 400 000 personnes en 1913, alors qu’il en accueille actuellement autour de 248 000. Effectivement, l’immigration est répartie sur plusieurs périodes primordiales :

Depuis le début du XIXe siècle, les Irlandais viennent au Québec. Ils se sont impliqués dans de grands projets : canal Lachine et Beauharnois, pont Victoria, et construction d’églises à Montréal. Puis, les Chinois sont arrivés au milieu du XIXe siècle en Colombie-Britannique avec la construction du chemin de fer pancanadien. Plusieurs vont vers l’Est du pays : Toronto et Montréal. Ils s’installent dans le quartier chinois au nord du Vieux-Montréal au début du 20e siècle.

Dans cette période, les Noirs américains, les Antillais anglophones, les Juifs (de l’Europe de l’Est) et les Italiens, immigraient au Canada. En fait, les Juifs ashkénazes viennent de l’Europe de l’Est (Pologne, Russie, Lituanie, Roumanie).

Les Italiens et les Indiens sont aussi rentrés au pays au début du XXe siècle jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Alors que, la plus importante population italienne est arrivée après cette guerre. À ceux-ci s’ajoutent les Grecs et les Portugais.

À partir des années 1960, l’immigration tend à se diversifier, nous trouvons les Haïtiens, les Juifs Marocains, les Chiliens et autres pays d’Amérique Centrale et du Sud ainsi que les Vietnamiens, les Cambodgiens et les Laotiens.

La décennie de 1990 à 2000 se caractérise par l’augmentation de la population immigrante, arrivée au Québec, notamment, les Haïtiens, les Libanais, les Chinois de Hong Kong, les Russes et les Roumains.

Dès les années 2000, le Québec reçoit une moyenne de 50 000 personnes par année. La province canadienne qui attire le plus d’immigrants est l’Ontario avec plus de la moitié de l’immigration canadienne (Gaudet, 2016).

Tout comme la plupart des pays industrialisés, la mondialisation a entraîné de réelles modifications dans les orientations du Canada envers les immigrants. Le défi réside en la capacité de s’adapter aux nouvelles contraintes, tout en tirant profit des occasions d’affaires créées par l’ouverture des frontières et par les changements technologiques. Il demeure donc primordial pour le Canada de soutenir le changement et l’innovation.

À ce stade, un des principaux défis que le Canada a à relever est d’assurer une adéquation de la main-d’œuvre afin qu’elle réponde aux besoins du marché du travail. En outre, les politiques migratoires de l’État doivent continuer à avoir un environnement économique compétitif et responsable par le biais d’une immigration sélectionnée selon des critères qui s’alignent avec ce défi de taille.

Conclusion

En somme, le Canada est une terre d’immigration. Celle-ci est essentiellement une réponse à l’imbrication des exigences du marché du travail et de besoin de main-d’œuvre. Par ailleurs, les récents immigrants arrivés s’installent essentiellement dans la région de Montréal et dans les régions de Sherbrooke, de Québec et de Gatineau. Ils sont surtout des Chrétiens, des Musulmans, Bouddhistes et Hindouistes.

Finalement, nous vous invitons vivement à se souvenir d’un extrait du Traité sur la tolérance de Voltaire : « Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères. Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible. Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant » (1763, p. 194-196).

Dans les prochains articles, nous discuterons de certains enjeux qui favorisent la dynamique des populations immigrantes vers les pays qui s’industrialisent. Également, nous nous attarderons sur la question de l’immigration dans la pensée éthique et politique contemporaine, ainsi que sur l’approche interculturelle vis-à-vis de la vision multiculturelle. Enfin, nous réaliserons, à maintes reprises, des allers-retours sur le paysage de la diversité au Canada. Soyez toutes et à tous aux rendez-vous.

Agréable et heureuse année 2018 et 2968 à chacune et à chacun de vous.

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Rabia Jouiet, criminologue et enseignante à la commission scolaire de Montréal

 

 Abdelhafid Daoudi, enseignant au Cégep de Saint-Jérôme

Abdelhafid Daoudi, enseignant au Cégep de Saint-Jérôme

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