Abdelhafid DAOUDI
Abdelhafid DAOUDI

Selon une réflexion socio-politico-organisationnelle, cet article entend contribuer un soutien à l’idée selon laquelle certaines crises sociopolitiques sont des excellents outils d’apprentissage organisationnel, elles favorisent le changement et la prévention afin de s’autoréguler et d’éviter les catastrophes futures. En outre, les TIC facilitent cette réforme. Ce texte est une continuité de l’article que j’ai rédigé précédemment : « L’impact des TIC sur les réformes politiques : la tentative de putsch en Turquie et le « Hirak » du Rif sont deux cas différents et significatifs ».

Mise en contexte

Depuis, le vendredi 28 octobre 2016, date de la mort du Rifain Mohsen Fikri, le Maroc est devenu un théâtre qui a développé un mouvement populaire incessant, connu par le nom : « Hirak » du Rif mobilisation, mouvement ou mouvance de contestation du Rif). Cette contestation sociale a été appropriée par de nombreux citoyens dans plusieurs villes marocaines, européennes et américaines.

D’ailleurs, au cœur du Festival Juste pour rire, le jeudi 20 juillet 2017, entre 18h et 19h30, environ trente Montréalais se sont rassemblés devant le local d’Amnistie internationale Canada Francophone, situé au 50 rue Sainte-Catherine Ouest, pour appuyer les revendications du « Hirak » du Rif.

Rappelons que le 20 juillet est une forte station dans l’histoire du Maroc, c’est la commémoration de la « Bataille d’Anoual » où les résistants rifains, sous la direction du « Lion du Rif » : Abdelkarim Al-Khattabi, ont réalisé une grande victoire sur l’armée espagnole en 1921.

À travers cette marche du 20 juillet, le Rifain exprime sa volonté de vivre le présent tout en souhaitant un futur meilleur socialement et économiquement et sans trahir son passé et soi-même. Il attend une écoute attentive des décideurs marocains. Toutefois, la situation est encadrée par une approche purement sécuritaire; il s’est trouvé en face d’un nombre incroyable des forces de l’ordre qui empêchent tout rassemblement.

Perspectives et pistes des stratégies d’intervention

La démocratie sociale nous enseigne que le « Hirak » du Rif marocain est une forme d’engagement des citoyens à des décisions politiques. Il se fait dans le cadre de la liberté d’opinion, d’expression et de rassemblement. Il repose sur le droit, soit par la loi soit par les Chartes des droits.

Pour cela, il est plus pertinent de donner des solutions politiques au « Hirak ». Plus spécifiquement, pour le bien commun, « l’État sage » doit travailler à gagner la confiance des citoyens tout en répondant à leurs attentes socioéconomiques. Ceci se réalise à travers une démocratie participative, qui se base sur le facteur humain.

Dans une vision positive, la clé de voûte pour décrypter cette crise est non seulement la libération de tous les détenus politiques, mais aussi les impliquer dans le choix des plans d’action. Le changement doit passer par la participation des citoyens et selon une démarche transparente, durable, continue, responsable et coordonnée. Aussi, l’implication active de l’expertise des Marocains du monde et des nouvelles compétences et visages est une valeur ajoutée importante. De plus, il faut absolument faire une rupture avec les mauvaises pratiques, habitudes et mentalités.

À vrai dire, la mobilisation de la population marocaine actuelle n’est qu’un sérieux signal d’alarme qui rappelle aux décideurs, que sans l’implication active de l’État, « l’exception politique marocaine » ou le « modèle marocain » ne durera pas. Avec les TIC, les citoyens marocains deviennent de plus en plus instruits et accèdent aux chiffres alarmants des statistiques qui indiquent nos difficultés dans divers secteurs, entre autres : la santé et l’enseignement. Par ce fait, le « Hirak » du Rif marocain a changé la donne, c’est pourquoi il faut tirer des leçons nécessaires.

En fait, nous vivons dans un monde qui favorise le principe de visibilité. De même qu’il veut tout voir, tout savoir et tout dire, l’information étant accessible et visuelle. Normalement, la vie politique au sein de l’espace public marocain doit être dynamique. Car, il est un tissu d’idées susceptible de se soumettre à diverses transformations sous forme de signes d’alarme, de conseils et même parfois de changements, notamment progressifs ou radicaux. Il faut simplement une implication d’un acte d’opinion (Genet, 2003).

En d’autres termes, les manifestations des « petits-fils » d’Abdelkarim Al-Khattabi permettent au système marocain de s’autocritiquer et de procéder à des sérieuses remises en cause afin de s’adapter aux circonstances culturelles, sociales, démographiques et économiques telles qu’elles sont vécues présentement.

Il faut dire que ce genre de crise n’est pas nouveau sur la scène politique internationale. En 2005, la France a connu des grèves massives contre les réformes du système des retraites et de la sécurité sociale du Premier ministre Alain Juppé. Cette résistance des Français l’a obligé à abandonner ses projets, et a contraint, par la suite, le Président Jacques Chirac à dissoudre l’Assemblée nationale.

En 2012, le Québec a vécu le printemps d’érable. En outre, des milliers d’étudiants québécois manifestaient contre l’augmentation des frais de scolarité universitaires. Cette grève, la plus longue et la plus importante dans la mémoire québécoise, a poussé le Premier ministre Jean Charest à déclencher des élections générales anticipées.

Dans les deux cas de figure, la crise a été gérée tant en France qu’au Québec par des alternatives politiques et non sécuritaires.

Conclusion

Le mouvement de contestation du Rif marocain est un outil d’apprentissage organisationnel. La crise marocaine nécessite une approche globale, complexe, multidisciplinaire, multidimensionnelle, et interreliée, fondée sur les valeurs de partage et d’engagement. Cette démarche de résolution des problèmes passera d’une phase de mise en commun d’opinions divergentes à une phase de consensus émanant de la réflexion et du partage de ces opinions.

Dans cette perspective, il convient de noter que la gestion de la crise constitue à la fois une action et une réflexion sur l’action. À cela s’ajoute, lorsqu’on veut mettre en chantier la stratégie proposée en vue de proposer des solutions politiques, il n’existe pas une formule magique qui sera la bonne pour toutes générations et conjonctures. Or, le modèle appliqué actuellement est sans doute incompatible avec notre époque, il n’est pas exceptionnel et ne montre pas une agréable image du Maroc à l’échelle internationale.

Dans le prochain article, nous nous pencherons sur l’éventualité d’une transition permettant de passer d’une « créativité technologique » à une « innovation démocratique ». Soyez toutes et tous aux rendez-vous.

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